Bienvenue !

Voici mon “journal d’une chanteuse confinée” !

Vous y trouverez mes histoires de cubes* (en tout bien tout honneur !) :

*démo et des mots à géométrie variable, mes futures cubes de l’été, des prises de tête au carré, des prises de vues instantanées…

Le tout avec un seul mot d’ordre : rester bien rangé, penser cubisme !

MON CARNET DE BORD

Voici le carnet que j’ai choisi pour recueillir mes divagations de confinée. Je vous en ouvrirai sûrement quelques pages…

Pour la petite histoire, c’est un cadeau d’un ami très cher à mon coeur : Jean Pascal Boffo que je salue. Il l’a choisi car il connait non seulement mon intérêt pour les carnets ET pour la voûte céleste et ses mythologies… mais aussi et surtout parce que la première créature mise en avant dans le dessin n’est autre que “Cetus” (ou “Ceti”, le monstre marin autrement appelé “La Baleine”).  

“Cetus” est non seulement le titre que j’ai choisi pour mon 3ème EP, mais c’est aussi la constellation qui contient l’étoile “Mira”.

D’où le nom “Mira Ceti” – que je préfère avec un 2ème “i” mercii ! 😉

26 mars 2020 - soirée

Aube Sauvage

Rester confinée chez moi n’est pas une contrainte, à vrai dire, ça ne change pas beaucoup de mon quotidien ou de mes périodes de création durant lesquelles je choisis de me retirer un peu du monde.

Il faut préciser que je vis à la campagne, ce qui me facilite les choses : la maison est grande, le jardin est accueillant, et le village ne grouille jamais de monde. Bien entendu, cette fois c’est différent, ça n’est pas voulu, c’est même difficile à croire.

Quand je pense qu’il y a 10 jours j’étais encore en Normandie avec le groupe Ange ! Étrange période à la fois effrayante et riche, pleine de promesses si l’on est optimiste, pleine de craintes pour notre démocratie si l’on est moins confiant en la nature humaine…

Pour le moment, je suis plutôt optimiste et vois cela – tout en étant consciente de la souffrance de beaucoup de gens – comme une occasion de changer de paradigme… 

Jusqu’ici, je me suis sentie un peu comme cet été alors que je m’étais “enfermée” pour écrire et composer mon album “Cailloux & Météores”. Tout comme le vide n’existe pas, le silence appelle les mots et parfois c’est magique : on se retrouve avec une chanson qui semble tombée du ciel !

Ce sera peut-être la seule de toute cette période, ce sera peut-être la première d’une série, c’est en tout cas un moyen pour moi de m’évader un peu. J’espère qu’elle ouvrira une fenêtre en vous…

Voici donc la démo de ma compo de ces derniers jours “Aube Sauvage” :

03 avril 2020 - soirée

Poème sur le pouce #1

Dehors, un ange n'en finit pas de passer.

Dedans, ma tête. Bruit confus de pensées, il faut apprendre à éteindre. Il me faut dépenser.

Fort bien... chercher mes mots créé un focus, un fil. Funambule j'arrête de me prendre la tête, de me pendre au cou de la peur. Car au fond, je ne sais rien. On ne sait rien. Ou si peu...

Dedans, l'ange passe et s'arrête. Gratitude. Il se pose délicatement, comme le premier rayon de soleil après la pluie, un moment de répit.

Il reste un peu, coincé dans un cube sans ciel. Il chante le calme et joue le silence divinement bien.

Puis il m'échappe. Les pensées s'amoncellent à nouveau, les questions, les doutes, les suppositions entre craintes d'égo et angoisses humanistes. 

Bruit confus de pensées, et dehors, un ange n'en finit pas de passer.

07 avril 2020, fin d'après-midi

Poème sur le pouce #2 

“Le chien de Schrödinger”

 

béni soit le jardin, pour nous et pour le chien

que je promène quand même, je l’atteste à la main

mais un peu moins souvent : une sorte de vengeance

faire vivre le confinement à sa pauvre innocence

je l’enferme dans un cube  plein d’air et d’angles droits

je lui chante un quantique, car mon chien s’appelle chat

 

et puis je pense au monde, un brin paradoxal

est-il vivant ou mort ? et ce monde idéal

naîtra-t-il de ce choc, en évitant la guerre ?

un nouveau paradigme, une fleur dans un cimetière ?

 

béni soit le jardin, le monde n’a plus le sien

il l’a brûlé hier, qu’en est-il de demain ? 

demain est-il dehors ? demain est-il dedans ?

est-il complètement mort, ou est-il bien vivant ?

27 avril 2020, soirée

Voilà déjà 20 jours que je ne suis pas venue ici.
Quoique je suis toujours au même endroit : à mon bureau, devant l’ordinateur, cette fenêtre très haut perchée au-dessus d’un vide étourdissant de promesses… et d’angoisses aussi.
Bref, toujours au même endroit sans être repassée par la porte de ce journal virtuel. Il faut dire que j’ouvre plus souvent la porte de mon journal de papier, j’y laisse des choses plus intimes.
À quoi me sert donc cet “ici” alors ? Y’a t’il vraiment des gens pour y passer ? Pour y rester ? Quelle importance !
Il n’y a même pas d’images qui bougent !!! Comment retenir l’attention (si précieuse, si fragile) en ces jours ou le mouvements des images nous rendent presque jaloux, nous qui ne faisons que tourner en rond comme des GIFS animés (de bonnes intentions bien sûr) !?
Parce que ça me fait du bien voilà tout.
Les mots ne sortent pas de la même façon avec un clavier qu’avec un stylo, et c’est encore différent quand je sais que quelqu’un est susceptible de me lire juste après… Je pose des mots là, pour me souvenir un jour, grâce à mille supports (papiers griffonnés, photos, murs virtuels, sms, vidéos, enregistrements) de cette étrange période où l’humanité est remise à sa place par un petit virus. Où une partie de l’humanité se rebiffe, voudrait recommencer comme avant, où d’autres humains espèrent profiter de la diversion pour placer des idées, règles ou lois morbides, où d’autres encore imaginent un avenir plus serein, un monde qui aura tiré des leçons de toutes ces crises successives.
J’espère qu’au moment de me souvenir, je me dirai que je vis dans un monde plus mûr, plus respectueux de la vie… un monde d’amour. Et je dis ça avec gravité, car le mot “amour” prête à sourire à l’heure du cynisme ambiant. C’est pourtant le mot qui désigne la seule chose réellement importante en ce bas monde. L’amour, comme un socle, une puissance divine, une loi. La seule loi qui importe vraiment.

 

Poème sur le pouce #3

“Le mal a dit

le mal a dit en peu de mots

en mots cryptés

que nous ne sommes pauvres humains

maîtres de rien

 

le mal a dit 

ce qu’il a toujours dit

ce qu’il dira toujours

si l’homme n’écoute que lui

 

le mal a dit

en d’autres maux

ce qu’il dira demain 

si l’on ne fait rien

 

le mal dira

autant de fois qu’il le faudra

W

16 mai 2020, début de soirée

C’est le DÉCONFINEMENT. Alors hier soir nous sommes sortis.
Pas très loin : nous avons pris l’apéro chez nos voisins. Nous avons respecté les distances de sécurité comme on dit. Pas d’embrassade bien sûr. Après quelques hésitations, nous avons même ramené nos bières et notre paquet non-entamé de cacahuètes, pas pour partager : pour éviter les contacts. Au risque de paraître un tantinet parano. Le risque… voilà un concept intéressant !
Ce fut un moment bien agréable, même si l’eau et l’alcool paraissait tout à coup moins important que le gel hydro-alcoolique.
Surtout, éviter de caresser le chien…
“Tiens, il coupe du saucisson… c’est gentil mais ce serait bien qu’il évite de parler en même temps. Au fait, s’est-il lavé les mains ? Arf, je peux lui faire confiance, non…? Zut, avec tout ça je n’ai pas du tout écouté ce qu’il a dit !  Et pourquoi regarde t-il comme ça le paquet de chips que je lui tends ?… Je ne me suis pas servie directement dedans, pour qui il me prend ! Ceci dit, il a raison, faut faire attention. Attention. ATTENTION !”
J’avais tendance à dire avant que je regrettais un certain manque d’attention de la part des gens (et de moi-même) tant l’habitude de zapper s’était installée.
Aujourd’hui on fait attention. Trop ? Pas assez ? Pas comme il faudrait ? Est-ce que tous ces protocoles vont devenir habituels ? Comme les masques…? Aaaahhh les masques, tout un poème. Et allons-nous pouvoir nous embrasser à nouveau ? 
Le DÉCONFINEMENT n’est pas si évident, d’ailleurs il ne veut pas dire grand-chose.
Me voilà bel et bien casanière. Je ne veux plus sortir. Chanter “Quand je marche” assise à mon bureau me suffit. La tête dans l’cube, fatiguée rien que de réfléchir à tout ça, j’ai décidé de rester chez moi. Encore un peu. 
Embrasser… le calme. Faute de mieux.